Les rides autour des yeux

JE VAIS ECRIRE SUR LA GUERRE. LE THEME N’EST PAS JOYEUX, MAIS IL SE POURRAIT QUE QUELQU’UN LISE CERTAINES DES HISTOIRES QUE JE VAIS DECRIRE. IL Y A DES MILLIERS DE DESTINEES SEMBLABLES A LA MIENNE, JE NE SUIS DONC NI UNE EXCEPTION NI UN HEROS.

19.03.2008.

LA CONVENTION DE GENEVE

LA CONVENTION DE GENEVE

            La colonne a descendu la colline par le petit chemin dans la forêt. Quelques centaines de mètres plus loin, nous somems arrivés dans la vallée. Nous nous arrêtons, et le commandeur des éclaireurs passe à côté de nous. Il dit personnellement à chacun de ne plus faire une seul bruit. Pas un mot, la seule conversation viendra éventuellement de lui et du commandeur de l’unité de diversion. Notre unité et quinze autres soldats sommes restés avec le commandeur de cette dernière, tandis que les autres composeront l’autre groupe.

 

            Après avoir reçu les instructions, nous continuons, en suivant le pré tout près de la forêt. La neige s’est arrêtée de tomber, il y en avait une dizaine ce centimètres. Le brouillard était bienvenu, la visibilité était très mauvaise.

 

            Un autre arrêt dix minutes plus tard. Celui qui a été désigné comandeur s’approche et nous dit :

-« Au bout de cinquante mètres, il y a un muret en pierre, vous allez vous y déployer, puis nous attendrons l’ordre d’attaque. Devant le muret, à une vingtaine de mètres se trouvent les tranchées des tchetnicks. Nous devons être silencieux et très prudents. Vous devez surveiller même votre respiration. »

 

            Les éclaireurs et l’unité de diversion ont avancé. Nous leur avons laissé un peu d’avance, puis nous sommes partis aussi, et nous nous sommes déployés derrière le muret, qui était en fait une clôture qui séparait deux prés.

 

            Vingt mètres devant nous, recouvert de draps blancs rampaient l’unité de diversion. L’un d’entre eux est parti sur la droite, puis a continué tout droit. Très vite, il s’est trouvé au-dessus de la tranchée et a commencé à crier :

-« Sortez et rendez vos armes ! Vous serez traîtés selon la Convention de Genève ! »

Silence… Rien ne se passait pendant deux ou trois secondes. Mon cœur battait encore son rythme bien connu. L’autre homme répétait son ordre.

 

            En un moment, Lola est parti dans un fou rire, s’est relevé en plein milieu du pré et hurlait de rire. Je ne comrpenais rien. J’ai d’abord cru que c’était un exercice, quel con penserait à la Convention de Genève en un moment pareil ?! puis, ce comportement de Lola. Rien n’avait de sens. Et puis, quelqu’un a hurlé :

-« Nom de ma mère, les oustachis arrivent !!!! »

 

            On anetendu de suite une rafale, puis les détonations de quelques grenades. Le commandeur de l’unité de diversion a crié : « En avant ! Al’attaque ! », mais personne ne bougeait. Quand il a répété l’ordre, tout le monde a bondi et ils ont commencé à courir en hurlant. Trois d’entre eux se tenaient sur le côté et tiraient des tromblons dans une direction assez curieuse.

 

            Pendant que je les observais, une explosion a retenti devant l’un d’entre eux. Les deux autres sont tombés comme des mouches. Le temps de comprendre ce qui se passe, ils s’étaient relevés et se sont traînés jusqu’à nous en boitant. Ils ont dit que le tromblon a explosé sur le fusil, mais que par chance ils n’étaient que légèrement blessés. Quelqu’un les a aidés à panser les plaies.

 

            Toujours accroupi derrière le muret, j’observais ce qui se passait devant moi. On aurait dit un film d’action, tout se passait très vite. On entendait les explosions et des rafales incessantes. Des soldats en uniformes vert olive courainet de partout, mais on n’osait pas tirer, car la plupart des éclaireurs en portait aussi.

 

            Deux minutes plus tard, le commandeur nous donne l’ordre d’avancer. J’ai traversé le pré en courant et j’ai sauté dans la tranchée. J’ai attéri sur quelque chose de mou, et je me suis jeté sur le côté. J’ai sauté surun corps étendu dans la boue. Ses yeux étaient ouverts, j’avais l’impression qu’il me regardait pour de bon.

 

            Vite revenu à la réalité, je me suis retourné et continué d’avancer dans la tranchée…

 


LES AMES ET LES CORPS MORTS

            Dix mètres plus loin, je suis tombé sur deux soldats qui en traînaient un autre. Lola est apparu de quelque part, portant dans ses mains une mitraillette lourde qu’il avait trouvée dans une des tranchées. Il s’est mis devant moi a commencé à tirer sur le pré. Plus j’avançais dans la tranchée, plus je tombais sur des cadavres étendus dans la boue.

 

            A la fin de la tranchée, j’ai vu deux baraques, devant lesquelles se tenaient les soldats. J’ai alors compris vers où l’unité de diversion a tiré les tromblons. Il semblerait qu’ils ont relevé le terrain à la perfection. J’ai jeté un coup d’œil àl’intérieur et vu d’autres soldats morts. Nos soldats s’approchaient. J’ai fait demi tour, et suis ressorti. J’ai été bousculé par des soldats qui couraient dans tous les sens. Ils avaient l’air de chercher quelque chose.

 

            Dans une tranchée, il y avait deux soldats morts. J’ai ramassé la sacoche de munitions et deux grenades. Après avoir rempli mon gilet d’attaque, j’ai mis le reste de la munition sur ma ceinture.

 

            On entendait toujours des tirs sur le pré. Parfois une balle ou deux volaient au-dessus de nos têtes. Dix minutes plus tard, les éclaireurs et l’unité de diversion sont revenus, disant que leur tâche était terminée. Ils ont nettoyé le terrain, et se retirent maintenant. Nous devions organiser la ligne.

 

            Je restais debout dans la tranchée, rien de spécial ne se passait. Presonne ne savait ce qu’on devait faire. Le brouillard nous protégeait quelque peu, et on regardait juste droit devant. Quelques soldats que je connaissais sont entrés dans les baraques et ont allumé le feu. Comme s’ils étaient venus pique-niquer…

 

            Un soldat était assis sur le bord de la tranchée et mangeait son lunch pack. Il tapait du pied, comme dans le rythme d’une chanson. Le pied tapait dans la boue gélatineuse constituée de la terre et de la cervelle du soldat à qui une grenade a arraché un morceau de la tête. Je me demande qui ressemblait plus à un mort – celui qui l’était physiquement, ou celui qui l’était psychiquement. Je doute qu’il se rétablira un jour.

 

            Le brouillard s’est levé, puis très vite un obus est arrivé depuis Trebevic. En plein dans la baraque ! Je suis resté à ma position. Je n’allais pas vers la baraque, il y avait déjà la cohue et la panique s’est emparée de tout le monde. Ils portaient les blessés, et quelqu’un disait qu’il y avait aussi des morts. Après toute cette course, j’ai compris que la plupart des soldats s’était retirée. Nous étions uniquement quelqu’uns à rester encore là…

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